Benjamin Bayart
Transcription
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On y va comme ça, sans intro?
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Oh, je, c'est vous les organisateurs, c'est vous qui savez.
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Ehm, c'est très perturbant de, de, d'être un des derniers conférenciers de la journée et qu'on commence à l'heure. C'est, je, je, c'est très étrange. C'est pas, c'est pas dans les traditions. Euh, pareil, si vous êtes vous êtes un public très perturbant pour moi parce que vous vous êtes pas tous tassés dans les rangs du fond. Euh, c'est très étrange. Je suis, euh,
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On sent que je suis pas dans mon élément habituel. Euh, du coup, je vais me présenter sommairement. Je pense que dans la salle, il y en a quelques-uns qui me connaissent déjà. Agitez un peu la mimine, les gens qui me connaissent déjà. Ouais, un petit tiers. Euh, donc je m'appelle Benjamin Bayard, contrairement à ce que dit le programme, c'est Bayard avec un T. Euh, mais c'est pas la première fois que les gens ne savent pas écrire mon nom. Euh, Je suis informaticien, développeur de formation, euh, ma spécialité quand j'étais étudiant, c'est programmation et architecture des systèmes de traitement de l'information, ça faisait ça faisait pastis, c'était très marrant. Euh, oui, ils étaient déjà bêtes les gens dans les écoles d'ingé. Euh, Je, bon, j'ai toute une carrière dans le privé qui est pas amusante. Et il se trouve qu'en parallèle, j'ai tout un lourd passé de militant. Euh, qui est probablement pour ça que vous connaissez les gens qui ont agité la main, c'est plus des gens qui ont vu ma tête dans des actions militantes que des anciens collègues, parce que j'en vois un là-bas, mais il y a pas beaucoup d'anciens collègues dans la pièce. Euh, Donc, euh, co-fondateur de la quadrature du net, s'il y en a quelques-uns parmi vous qui voient à peu près ce que c'est. Euh, ancien président de French Data Network pour les gens qui à qui ça dit quelque chose, le plus vieux fournisseur d'accès internet de France, qui se trouve être une association gérée par ses utilisateurs. Euh, j'ai créé et présidé longtemps la Fédération des fournisseurs d'accès internet associatifs. Bref, ça fait 20, 25 ans que j'ai une activité militante, beaucoup moins dense ces dernières années. Mais qui du coup m'a amené à avoir des pratiques très étranges. Donc moi je suis écriveur de code, j'ai commencé en CM2. Euh, donc ça fait, ouh là là, 43 ans que je programme, un truc comme ça. Euh, mais je suis aussi admin 6 parce qu'il a bien fallu gérer les machines, mais je suis aussi admin réseau parce que quand on est président d'un fournisseur d'accès internet, il y a intérêt qu'on sache faire du réseau. Euh, puis j'ai appris à lire du droit puisque quand on essaie de militer contre toutes les bêtises de nos politiques sur les réseaux, il faut bien qu'on apprenne à faire du droit et cetera et cetera. Donc j'ai un profil tout bizarre qui fait que je me mélange plein de, plein de compétences étranges. Et donc il a fallu que je, que j'improvise un titre pour ce que je voulais vous raconter. Euh, j'ai eu la flemme de préparer des diapos, euh, du coup, vous avez pas de bol, les gens parmi vous qui ont besoin d'un support visuel pour capter leur attention, bah vous êtes défavorisés. Il y a pas de support visuel, enfin moi j'ai un support visuel pour guider ma mémoire, mais vous vous n'en avez pas.
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Donc, euh, j'ai pris comme titre techno-fascisme et souveraineté numérique, parce que le mot techno-fascisme commence à émerger ces jours-ci. Euh, pour décrire ce qui se passe dans des pays euh très peu démocratiques, et alors d'habitude c'est la Russie qui est très peu démocratique ou la Chine, puis là tout d'un coup c'est les États-Unis. Euh, donc ça complique tout. Parce qu'on n'est pas, on n'est pas habitué, euh, bon, il va falloir revoir deux trois standards. Euh, j'avais pas envie de vous faire mon chapitre habituel sur le cloud souverain parce que d'abord il est déjà en vidéo sur YouTube, donc allez le regarder. Euh, et puis il colle pas à l'actualité quoi.
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Donc, j'ai prévu quatre parties, si je vous faisais ça comme si j'avais fait des diapos, là vous verriez une diapo avec un plan qui dit un géopolitique, deux mode de réponse.
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Euh, trois, euh, différence par analyse, quatre, la boétie. Donc du coup, comme si vous aviez les diapos, vous savez pas de quoi je vais parler. Euh, et c'est fait exprès.
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Mais c'est pour aider les gens visuels à visualiser. Bien, donc on va parler géopolitique.
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Euh, ça ça a l'air d'être un truc très savant la géopolitique et non, c'est de la politique et de la géographie, enfin ça va, on va y arriver. Euh,
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Il y a un certain nombre de d'événements géopolitiques qui parlent de numérique et qui permettent de comprendre le rôle du numérique dans le monde, euh sur ces dernières années qui moi me paraissent intéressant à évoquer. Alors je suis pas non plus remonté à Mathusalem. J'aurais pu vous faire le fichier Safari en France, histoire de 1977. Euh, mais j'ai pas eu envie de remonter aussi loin, donc je suis remonté que à des trucs dont vous devriez vous souvenir.
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Euh, Snowden, les révélations d'Edward Snowden sur ce que les Américains surveillent chez leurs ennemis ou à propos de leurs ennemis, mais chez leurs alliés et à propos de leurs alliés, du coup la notion d'alliés, pas clair. Vous voyez, c'est finalement c'est peut-être pas de la semaine dernière que les ricains sont devenus bizarres.
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Euh, Et en fait, Snowden, il nous disait des choses. Il nous disait un pouvoir qui a pas trop de scrupules couplé avec des entreprises hégémoniques, ça permet de surveiller la planète entière. Moi ça me paraît pas être une analyse de très haute volée à partir des révélations d'Edward Snowden d'arriver à ça. Et je vous jure dans la classe politique, les trois quarts des gens n'en sont pas encore là dans leur analyse. Il faut pas faut pas trop s'étonner hein que qu'ils comprennent pas, ils ont une puissance d'analyse faible.
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Mais pour moi, c'est important ce morceau-là, euh parce que il montre déjà tout ce dont je vais vous parler.
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Donc en fait, toutes les analyses qu'on voit fleurir en ce moment de gens qui se disent ah là là, les Américains sont dangereux, il faut qu'on s'en protège. Et donc on devrait bouger et c'est une bonne idée de mettre tout le mail de Polytechnique chez Microsoft.
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Ah bah, c'est une décision d'il y a 8 jours. Du coup, c'est sûrement pour assurer la souveraineté nationale qu'on prend une école militaire qui forme notre élite et qu'on se dit tiens, on va tout foutre chez Microsoft comme ça les données seront safe.
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Voilà. Donc déjà, rien qu'avec Snowden comme information, Snowden, je sais pas si vous situez dans le temps, mais c'est il y a il y a quand même quelques années, hein, il y a
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petite décennie. Euh, il y avait déjà assez d'informations pour dire aux politiques que c'était pas malin de faire ça. Et ça c'est de la géopolitique, c'est dire OK, les intérêts des Américains ne sont pas toujours alignés avec les nôtres. Des fois oui, hein. Je dire, quand on surveille les terroristes islamistes, euh, tout ce qu'on trouve en surveillant les nôtres, ça intéresse les Américains et tout ce que les Américains trouvent en surveillant les leurs de terroristes, ça nous intéresse. Donc des fois nos intérêts sont alignés. Curieusement, ce qu'ils trouvent en surveillant Airbus, ils nous en parlent pas.
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C'est ça de la géopolitique.
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Euh,
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Un autre morceau que je que je voulais évoquer, euh, ce sont les sanctions contre la Russie euh suite à l'agression de la de l'Ukraine par la Russie. Alors je sais que depuis 15 jours, les États-Unis considèrent que c'est l'Ukraine qui a agressé la Russie. Mais il y a 2 ans, c'était pas comme ça. C'est faut faire très attention, ça c'est le côté compliqué, il faut se souvenir de comment était l'histoire d'il y a 2 ans par rapport à la Pravda d'aujourd'hui. Euh, quand l'Ukraine a été agressée, il y a eu des sanctions décidées contre la Russie. Dans les sanctions, il y a eu un paquet de sanctions américaines euh y compris une forme d'embargo. Euh, ce qui s'est traduit par le fait que euh les gens comme Amazon ont coupé les services pour un paquet d'entreprise russe. Alors euh, couper les services d'Amazon, si c'est qu'on peut plus se faire livrer un grille-pain en urgence pour le lendemain, c'est très perturbant mais c'est c'est pas un drame. Euh, en revanche, quand on coupe les services de WS, parce que je pense qu'on parle un peu plus d'informatique dans la salle, euh, bah ça éteint le système d'information d'un paquet d'entreprise. Et ça c'est chaud.
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Et en fait, tout d'un coup, le monde entier s'est rendu compte que tiens, sur une décision assez discrétionnaire du gouvernement américain, on peut éteindre le système d'information d'une boîte étrangère.
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C'est chaud.
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Euh, Bah, ça dépend de ce qu'on vend, ça dépend de ce qu'on fabrique, ça dépend à quel endroit ça se trouve. Et si même pour le fabricant de gripin, c'est très grave. Je dire, si le fabricant de gripin, il peut plus fabriquer des gripin, euh, ben euh, déjà il va être triste. Ensuite, si ça se trouve, il va être allez, pas pauvre, mais moins riche et il y a des chances que il y a des pauvres gens qui deviennent chômeurs. Ça c'est c'est vachement embêtant pour le fabricant de gripin. Euh, et donc on s'est rendu compte que tiens, le numérique, c'est pas une commodité, c'est pas comme d'acheter des trombones, c'est en fait, il y a il y a il y a un pouvoir là-dedans. Quand je décide d'aller, de déporter mes installations numériques ailleurs, euh, je donne du pouvoir à cette personne sur moi, une capacité de me nuire. Est-ce bien raisonnable ? Suis-je bien sûr que c'est un allié ? Qu'est-ce que je fais si on me fait des faux ? Comment je réagis ? Comment je réponds et cetera ? Vous allez me dire c'est vrai de n'importe quelle forme de sous-traitance. Oui. Mais si je sous-traite euh le ménage dans les bureaux, bah au pire, le ménage est pas fait dans les bureaux. Ça, ça va mettre plusieurs semaines à être embêtant. Si je coupe le système d'information de l'entreprise, il faut combien de semaines pour que ce soit pénalisant?
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Vous voyez, par exemple, je sais pas, on prend une grande banque systémique, toute l'informatique vitale est sur ses serveurs en propre qu'elle détient, c'est encore comme ça aujourd'hui.
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Et pourquoi ? Ben, simplement parce qu'ils savent très bien que s'ils mettent ça ailleurs, bah le ailleurs peut couper le service. Et si on coupe les services de paiement ou les services de tenue de compte, euh, ça va pas mettre 3 semaines à foutre le bazar, hein. Ça va mettre une grosse demi-heure. OK.
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Donc ça, c'est un élément qui est devenu plus clair lors des sanctions contre la Russie. Autre élément, euh, Quand on a euh décidé, quand on s'est dit que la fabrication de de l'armement était un sujet clé en France, euh, on a décidé qu'on ferait des Rafale et qu'on n'achèterait pas des avions américains parce qu'on voulait être indépendant. Euh, Il devient ces dernières semaines un peu plus évident que c'était pas si bête. Ça nous a coûté une petite fortune parce que il faut quand même entretenir la famille d'assaut à grand renfort de pognon, euh, mais au final, nous nos avions de chasse ils peuvent voler même si les Américains ne veulent pas.
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Et ça nous place à part dans ce ce jeu de tension internationale un peu crispée. C'est curieux quand ils tiennent pas le même raisonnement pour AWS. C'est très curieux.
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Euh,
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Et puis ben dans les éléments de géopolitique, évidemment, euh, il y a le le deuxième tome de l'air Trump, euh, le premier avait déjà été relativement agité, le le deuxième commence fort fort fort. Euh, tension géopolitique internationale, le mec a envie d'annexer le Canada, il veut envahir le Groenland. On rappellera le Groenland, c'est l'Union européenne, hein. Donald Trump veut s'accaparer une partie du territoire de l'Union européenne. Je,
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Son pote euh Poutine veut s'accaparer une autre partie du territoire de l'Union européenne, non pas l'Ukraine, ça c'est pas encore dans l'Union européenne, mais dans les trois États baltes, là, Estonie, Lituanie, Lettonie, euh ça rigole pas du tout dans ce coin-là. Euh, Donc là aussi, on a de la tension géopolitique assez assez rude. Et donc quelle est la probabilité qu'à un moment euh l'administration Trump décide de sanctionner quelqu'un euh par un embargo commercial en coupant des services? Pour le moment, il joue au droit de douane, mais ça pourrait lui prendre.
[00:13:04]
Donc voilà, ça c'était mon premier chapitre. Sur OK, c'est quoi les questions géopolitiques dont on parle ? Euh, Et en fait, les questions géopolitiques dont on parle, c'est pas tellement l'usage d'une technologie américaine parce que pour le coup, vous pouvez prendre un bout de code qui a été écrit à New York.
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Si il tourne sur une machine qui est sur votre bureau, modulo les éventuels backdoor et trous de sécurité qu'il y a dedans, il tourne quoi. En revanche,
[00:13:34]
le fait de sous-traiter à quelqu'un l'opération de votre informatique, c'est pas la même chose que l'usage d'une techno. OK. Ça, ça crée une grosse difficulté.
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Et donc on a des on a des réponses, ce que je dresse un tableau assez noir, mais en fait, en vrai, on a des réponses et donc certaines sont très intelligentes. Euh, Et donc ça c'est mon mon deuxième chapitre sur c'est quoi les modalités de réponse qu'on peut utiliser et comment on fait tout ça. Euh, Alors, il y a un premier élément que je veux citer, qui est le RGPD.
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Vous allez me dire mais de quoi il parle ? Il nous parle de militaire d'armement de machin, qu'est-ce qu'on s'en branle des des des bandeaux de cookies sur les sites web ? Non non non non non non non non. Le RGPD est incompatible avec le droit américain, ça fait deux fois que la Cour de Justice de l'Union européenne, pour ceux d'entre vous qui ont pas fait de droit, au-dessus des cours suprêmes de tous les États membres de l'Union européenne, il y a une cour qui dit le droit européen. OK, c'est la Cour de Justice de l'Union européenne. Donc elle se prononce après les cours suprêmes.
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OK, c'est elle qui dit le droit européen. Elle a dit deux fois que le droit européen sur la protection des données personnelles était incompatible avec le droit américain et que donc il n'était pas légal qu'une entreprise soumise au droit américain manipule les données personnelles de quelqu'un qui habite en Europe. Ça fait deux fois qu'ils l'ont dit.
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On a quand même signé une troisième fois un accord international qui dit que si si on peut on peut le faire. Et l'accord en question n'a n'est pas encore passé devant la cour en question. Il se pourrait qu'elle dise une troisième fois la même chose.
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L'air de rien, ça veut dire que les textes européens sur la protection des données personnelles ont un effet de protectionnisme réglementaire. Puisque si on les appliquait, alors je sais, on applique pas la loi. Et si jamais on l'applique, après ça fait toute la merde que vous voyez dans les journaux télé depuis 2 jours sous prétexte que quelqu'un a envisagé d'appliquer la loi. Vous n'y pensez pas, ça ne se fait pas. Mais si on appliquait la loi, n'importe quelle entreprise qui transfère des données personnelles vers une entreprise sous juridiction américaine est hors la loi, risque une amende, l'amende maximum, c'est 4 % du chiffre d'affaires annuel consolidé du groupe. N'importe quelle entreprise qui met son fichier client sur AWS, 4 % du chiffre d'affaires.
[00:16:13]
Par infraction.
[00:16:17]
Et oui, par infraction.
[00:16:20]
Des fois, il y a plusieurs infractions.
[00:16:23]
OK. Si on appliquait le RGPD, on pourrait pousser l'industrie du numérique américain vers la sortie. Ce qui du coup inciterait les grands groupes industriels à devenir plus clients des fournisseurs européens. Ce qui pourrait créer de la croissance économique en Europe, un truc de dingue. Ce qui pourrait permettre qu'on s'approprie des technos. Et que quand on n'est pas tout à fait assez bon dans ces secteurs technologiques, on devienne meilleur parce que on est les moyens de payer des ingénieurs et cetera et cetera. Voyez, un truc de fou, hein. Donc ça, c'est une arme protectionniste. Beaucoup plus maline que ce que l'agent Orange là fait avec ses droits de douane. OK. Euh, Parce que avec ça, on est capable de pousser vers la sortie les autres et donc de favoriser un développement économique et un développement technique dans des secteurs dans lesquels on est déjà pas spécialement mauvais. Euh, tenez, on peut se tenter un quiz à la con. Qui parmi vous connaît des ingénieurs qui ont été formés en France et recrutés aux États-Unis? Qui parmi vous connaît des ingénieurs qui ont été formés aux États-Unis et recrutés en France? Voilà. Il y en a, c'est comme les poissons volants, il y en a, c'est pas la majorité de l'espèce.
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Donc en fait, on n'est pas si mauvais que ça.
[00:17:45]
Euh,
[00:17:48]
En fait, les les histoires de Cloud souverain, c'est pas une question euh de seulement choisir la la nationalité du fournisseur et ou donc il faut un ordinateur qui soit impérativement fabriqué à Clermont-Ferrand. Euh dont le code logiciel a été écrit en banlieue de Paris et qui tourne dans un data center qui soit ici les Moulinoux et machin, c'est pas ça le sujet. Le sujet c'est d'analyser les dépendances, de comprendre lesquelles sont acceptables et lesquelles ne le sont pas. Est-ce qu'on peut placer l'exécution de notre code sur des serveurs que n'importe qui, enfin que l'autre peut éteindre à tout moment. Et qui est l'autre qui peut éteindre ? Et est-ce qu'un jour on pourrait se fâcher avec avec lui et est-ce que c'est raisonnable ou pas de lui donner ce pouvoir de vie ou de mort ? Mais c'est et c'est vrai pour toutes les dépendances qu'il y a besoin d'analyser. Quand on décide d'acheter du gaz naturel à quelqu'un, euh, s'il nous fait faux bond. Qu'est-ce qui se passe ? On avait décidé en Europe d'acheter du gaz à la Russie, on se fâche contre la Russie, qu'est-ce que ça fait ? On a décidé à la place d'acheter du gaz aux Américains et de le faire livrer par bateau, si on se fâche avec les Américains, qu'est-ce que ça fait ? C'est ça, réfléchir aux dépendances et OK. À quel point elles sont acceptables, comment on fait pour réduire le risque ? Par exemple, on décidant qu'on va aussi acheter du gaz à l'Algérie, on réduit le risque parce que la France qui achète son gaz en Algérie pourrait revendre une partie de son gaz, se contraindre un peu sur sa consommation et revendre une partie de son gaz à l'Allemagne et donc peut-être, vous voyez, c'est ce genre d'analyse là. Euh, Et donc les histoires de de cloud souverain et de et de bêtises comme ça, c'est toujours une question de comprendre les dépendances et de les choisir. Il peut pas ne pas y en avoir, hein, je veux dire être indépendant ermite dans sa grotte, ça fait quelques siècles que ça fonctionne plus. Enfin, si vous êtes cardiaque, ça veut dire que vous devenez mort, si vous êtes diabétique, ça veut dire que vous devenez mort, euh si comme moi, vous êtes malvoyant sans lunettes très vite, vous avez les bleus partout à force de vous cogner, enfin, ça complique tout. Donc indépendant tout seul dans sa grotte en ermite, c'est pas le mood. Mais en revanche, il faut savoir de qui et de quoi on dépend et comment on accepte cette dépendance et comment on réduit le risque. Euh,
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Dans les modes de réponse, également, il y en a un que j'aime bien, qui est ce qui est en train de se passer autour de Twitter. Ça vous parle ? Euh, le fait qu'il y a un move vers Blue Sky, ça vous a échappé ? Non, vous l'avez vu. Euh, alors, il y a il y a il y a un truc de fond qui est le terme à la mode qui est apparu il y a peu de temps, c'est Enshittification. Est-ce que ça parle à tout le monde ou est-ce que je développe ? Ça a l'air de tous vous parler. Ah. Alors je développe. Euh, quand c'est quelqu'un qui est le premier à me le demander. indépendant tout seul dans sa grotte en hermite, c'est pas le mood. Mais en revanche, il faut savoir de qui et de quoi on dépend et comment on accepte cette dépendance et comment on réduit le risque. Euh, dans les modes de réponse également, il y en a un que j'aime bien qui est ce qui est en train de se passer autour de Twitter. ça vous parle ? Euh le fait qu'il y a il y a un move vers Blue Sky, ça vous a échappé ? Non, vous l'avez vu. Euh alors il y a il y a il y a un truc de fond qui est le terme à la mode qui est apparu il y a peu de temps, c'est Ensification. Est-ce que ça parle à tout le monde ou est-ce que je développe ? Ça a l'air de tous vous non. Ah, alors je développe. Euh quand c'est quelqu'un du premier rang qui demande.
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Le le principe de l'enfication, c'est quand une plateforme se monte, eh il faut qu'elle se fasse connaître, il faut qu'elle fasse venir les gens, euh les gens ont pas forcément envie, surtout quand c'est un produit qui n'existait pas, genre le microblogging. Et donc, il faut que la plateforme soit la plus accueillante possible. Euh, il faut que ce soit facile de venir, il faut que ce soit très doux à l'entrée, pas de marche. Il faut que le service rendu soit absolument impeccable, il faut pas embêter les gens. Euh, il faut faire en sorte que le service soit fluide, qu'on en soit content. Alors, c'est vrai pour le bon coin, c'est vrai pour Google sur le mail, c'est vrai pour Twitter, c'est tous ces machins-là. Puis une fois qu'on a réussi à capter les gens et qu'on a fabriqué un produit qui est suffisamment addictif pour qu'il n'ait pas trop envie de partir, il faut que ce soit un peu coûteux. Vous voyez, c'est comme sortir de Facebook. Moi, je suis pas tombé dedans, c'est très facile de m'arrêter, j'ai pas commencé. Mais m'arrêter de fumer, c'est compliqué, parce que j'ai commencé et ça fait 30 ans et plus. Euh du coup, je peux pas m'arrêter. C'est très dur parce que je peux pas m'en passer. Et c'est le même jeu avec ces plateformes, elles ont toutes ce petit côté addictif qui fait que vous pouvez pas trop et puis c'est pas facile d'en sortir. Mais d'un autre côté, on fait en sorte que ce soit très confortable pour que vous n'ayez pas envie de sortir. Mais à un moment, une fois que vous êtes devenue la grande plateforme hypercentralisée, donc Twitter, Facebook, vous les connaissez. Euh bah un moment, il y a l'investisseur qui fait certes, mais euh pognon. Et donc, on va commencer à mettre plus de pubs, être un petit peu plus agressif sur tu tu tu tu mets un bloqueur de publicité. Tu regardes pas la vidéo. à la YouTube de depuis quelques semaines là. Vous voyez ? Et puis petit à petit, on on on crispe le truc, euh ça rend moins le service, mais ça maximise le revenu. Euh, il faudra regarder au moins 3 minutes de vidéo sans mettre sur pause et sans regarder ailleurs parce que vous êtes surveillé par la webcam pour pouvoir continuer à utiliser tel ou tel service un petit peu chouette. C'est ça l'fication. Et en fait, la plateforme est devenue suffisamment centrale pour qu'elle n'ait plus vraiment de concurrence, pour que vous ne puissiez pas en sortir et vous êtes suffisamment accro pour qu'on puisse vous torturer pour extraire du pognon. Et puis bah là, la plateforme devient vraiment merdique mais rentable. Euh et il peut y avoir une tentation de foutre le camp. Ça a été le premier mouvement vers Blue Sky. Et bien évidemment, le deuxième mouvement euh c'est Musk, le monsieur qui a des grands bras.
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qui lance son cœur à la foule d'un très joli salut nazi et ça donne pas envie aux gens de rester chez lui.
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Pour moi là, il y a un problème.
[00:23:09]
Parce que il y a une erreur d'analyse, mais c'est mon c'est mon chapitre 3. Euh donc ce mouvement de Twitter vers Blue Sky, euh il est hyper intéressant comme mode de réponse, on dit parce que la plateforme appartient à un facho, je vais prendre la plateforme qui appartient à quelqu'un d'autre. Euh et puis il y a un quatrième mode de réponse qui est en gros ce que j'appelle l'envie d'un Google européen qui est pour moi un des éléments les plus toxiques qui soient. Euh et qui me permet de faire la transition avec mon troisième chapitre qui sont comment on différencie les réponses en fonction de l'analyse qu'on fait.
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Euh quand on dit je passe de Twitter à Blue Sky, on dit je change de milliardaire. Celui-là, il a l'air con, je vais ailleurs. Je préfère regarder la télé de Patrick Drahi plutôt que la télé de Vincent Bolloré, il a l'air moins débile.
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Franchement, je suis pas sûr.
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Mais c'est bien ça ce qu'on fait quand on passe de Twitter à Blue Sky. Euh quand on dit non mais Amazon c'est des salopards, alors du coup, je vais sortir d'AWS et puis je vais rentrer chez GCP parce que au moins là-bas c'est des cool guys.
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l'analyse, enfin,
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ça ça marche si effectivement le problème c'est Amazon. Ça marche pas si on si on a une analyse un petit peu plus fine. Et donc toute la question, c'est de comprendre. Est-ce que ce qui pose problème, c'est monsieur Elon Musk parce qu'il a pété une durite et qu'il est devenu fou euh et que du coup, c'est lui le problème ? Est-ce que le problème c'est d'avoir une plateforme en monopole hyper central qui appartient à une entreprise privée qui donc ne répond qu'aux intérêts de son actionnaire majoritaire ? Et n'a aucune forme ni de démocratie ni de quoi que ce soit. Enfin, je veux dire, la pire des dictatures, c'est une entreprise. OK ? Même la République populaire de Chine n'est plus démocratique que n'importe quelle entreprise même bienveillante. OK ?
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Euh donc, est-ce que le problème c'est Elon Musk ? Est-ce que le problème c'est cette structure hyper centralisée, enfin c'est Twitter en soi qui est par structure ou par essence ou par décision divine, un truc malsain ? Ou bien est-ce que c'est la structure ? C'est le fait de dire, il y a un réseau entièrement centralisé, totalement détenu par une entreprise unique, donc monopolistique, sans aucune forme de souveraineté, mais qui est utilisé comme un lieu du débat public, comme un lieu où l'on discute. Et on a pris un rouage essentiel de la société, qui est la discussion entre les gens, et on l'a confié de manière monopolistique à une structure qui par essence est dangereuse parce qu'elle peut devenir toxique à tout moment. Et donc, est-ce que c'est le problème de la personne ? Est-ce que c'est le problème de l'entreprise ou est-ce que c'est un problème de la structure ? Alors, je je je je veux pas euh comme ça, c'est pas nouveau comme mode d'analyse.
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Quand Montesquieu nous explique que s'il n'y a pas de séparation des pouvoirs et d'équilibre des pouvoirs, alors nécessairement, il y aura un tyran, parce que la structure permet un tyran et que donc il finira par arriver un tyran. Il fait ça, une analyse structurelle. Montesquieu, c'est pas c'est pas récent, hein. C'est c'est un petit siècle avant la Révolution française pour les gens qu'ont du mal, donc ça fait 3 bons siècles en gros que qu'il a expliqué ça.
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Et donc, pour moi, un des éléments d'analyse absolument important à comprendre, c'est que la toxicité là-dedans, c'est d'avoir ce système de de plateforme hyper centralisée qui permet des situations de monopole et qui permet du coup, quand un débile toxique arrive à la tête, n'importe quelle aberration. Puisque c'est une structure d'entreprise capitaliste normale comme on les connaît, donc sans contre-pouvoir. Euh, donc il va se passer n'importe quoi.
[00:27:19]
Du coup, pour moi, dans les dans les éléments d'analyse, OK, on on a des outils qui nous permettent de faire du une forme de protectionnisme pour pousser les gens euh géopolitiquement dangereux vers la sortie. Ça on l'a vu, c'est le RGPD, c'est une forme de réponse. Il y a une deuxième forme de réponse qui est d'essayer de d'apprendre à détecter ces structures extraordinairement toxiques et à les éviter.
[00:27:46]
Et en fait, pour les éviter, on sait le faire. Je constate que ce n'est pas ce que les gens font.
[00:27:53]
Parce que du réseau un peu à la Twitter, façon microblogging qui permettent de discuter d'une manière raisonnablement efficace et qui ne présente pas ce défaut structurel, ça existe.
[00:28:07]
Ça s'appelle Mastodon.
[00:28:10]
Le réseau s'appelle le fait divers.
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Euh le réseau existe depuis déjà pas mal d'années. Sa première percée, c'est 2017. Donc il y a 8 ans.
[00:28:21]
Je sais pas si vous connaissez.
[00:28:24]
Ouais, il y a beaucoup d'informaticiens, donc vous avez une vague idée.
[00:28:29]
C'est un réseau de systèmes interconnectés respectant une norme où il y a donc des milliers de serveurs interconnectés entre eux qui forment le réseau. Croyez pas que c'est anecdotique, hein. Mastodon, c'est 2 3 millions d'utilisateurs euh à peu près quotidiens du truc. Donc c'est pas du tout négligeable devant, enfin c'est c'est voilà, c'est pas du tout négligeable devant Blue Sky. C'est évidemment très petit devant Twitter, mais c'est pas du tout négligeable devant Blue Sky. Donc le fait que le move se fasse de Twitter vers Blue Sky plutôt que de Twitter vers Mastodon n'est absolument pas une évidence. OK ?
[00:29:02]
Euh mais ça, ce sera vraiment le l'objet de ma quatrième partie.
[00:29:08]
Donc comment comment fonctionne c'est c'est quoi le truc en fait ? C'est un système qui est ouvert, qui du coup s'appuie sur des normes parce que en fait pour que les milliers de serveurs puissent être interconnectés entre eux, il faut qu'il y ait une norme commune. Pourquoi les serveurs de Twitter ne sont pas interconnectés avec les serveurs de Facebook ? Parce qu'en fait, ça pourrait. Juste ça le fait pas. Parce qu'ils respectent pas la même norme, parce qu'ils ont pas du tout envie de créer un lien, parce qu'ils ont pas du tout envie que les gens puissent naviguer d'un système à l'autre et déménager. OK ?
[00:29:37]
Euh mais voilà, un système ouvert, on sait ce que c'est, ça suppose des normes, ça suppose des interconnexions, ça suppose une interopérabilité, du coup, ça induit une diversité d'acteurs. Du coup, n'importe lequel des acteurs peut devenir complètement zinzin, on s'en fout, il est un parmi mille. Lui, il va être ostracisé, typiquement. Euh dans les plateformes de réseaux social qui se sont fabriquées sur la base de Mastodon, il y a le réseau social de Trump, dans lequel il y a Trump et son orchestre et qui n'est interconnecté avec rien parce que réseau facho, ça intéresse pas. Et que du coup, à peu près tous les administrateurs ont dit, on va laisser les débiles dans leur coin, on leur parle pas. Et donc, on on sait du coup résister à ce genre de truc là. Parce que il y a une grande diversité. Euh le grand défaut de ce truc-là, c'est de chercher des systèmes ouverts, parce que ça marche pour euh pour l'Haïti de votre entreprise, hein. Plutôt que de faire un système qui est entièrement basé sur les outils fermés et addictifs d'Amazon, vous décidez de ne travailler que avec des logiciels libres et ouverts euh et donc bah vous prenez pas le protocole un petit peu rigolo mais fermé et vous prenez que des protocoles ouverts sur lesquels vous savez bosser. Vous pouvez, hein. du coup, si vous ne faites que du cube, n'importe quel hébergeur de cube peut héberger votre système et du coup, vous pouvez changer d'hébergeur. En revanche, si vous utilisez le service Amazon Poette avec le machin qui clignote et le petit gligli qui pendouille, ah ben vous pouvez pas aller ailleurs parce qu'il y a pas le petit gligli qui pendouille et du coup, vous pouvez plus bosser. Et votre système informatique ne peut pas déménager à moins de faire 3 ans de travaux. Et comme vous avez pas les moyens, bah vous allez rester là. C'est typiquement ce qui est arrivé aux gens qui utilisent VMR, si ça vous parle. OK ? Euh toute leur IT dépend de VMWare et VMWare n'est pas une norme et donc que l'éditeur de VMWare décide de multiplier par deux ou par trois le prix de vente. et ben c'est la merde parce que pour en sortir et pour passer sur n'importe quel autre système, il faut des millions d'heures de travail pour refaire tout le système informatique de la boîte et du coup, bah on va payer. On va grogner, on va regarder si des fois on pourrait pas sortir, mais on va payer.
[00:31:47]
L'intérêt de d'un système ouvert, c'est que si on s'appuie sur un système ouvert, bah on peut sortir de ça. On peut passer de l'un à l'autre puisque il y a des normes, il y a une interopérabilité, il y a des interconnexions. Donc on peut passer d'un système à l'autre.
[00:32:02]
Euh le grand défaut des systèmes ouverts, c'est qu'ils supposent des normes. Or en fait, une norme, c'est quelque chose qui est assez établi et qui est assez stable qu'on a négocié longuement. Donc établir une norme, ça prend du temps. Si je sais pas si certains parmi vous ont déjà suivi les les travaux du comité de normalisation de n'importe quoi, que ce soit le langage C ou le HTML. Euh la moindre virgule à déplacer dans les documents pour faire apparaître la version N + 1, c'est 15 ans de de discussion, de réunion pour vérifier qu'on fait pas de conneries parce que si on met une connerie dans la norme, on va quand même se la trimballer pendant longtemps et il va falloir l'assumer. Donc bon, il y a de bonnes raisons que ce soit long, mais c'est long.
[00:32:41]
Euh et donc bien évidemment, tout ça ralentit l'innovation. le langage C, il sort pas une nouvelle version tous les 6 mois contrairement à Go ou à Python. OK ? Python peut faire évoluer son langage doucement tous les 6 mois parce qu'il y en a qu'un. Il y a pas une norme.
[00:32:58]
Donc le défaut, c'est que ça ralentit considérablement l'innovation. Et l'alternative connue à ça, c'est de fabriquer un commun numérique.
[00:33:07]
C'est-à-dire que il y a deux solutions, il y a la solution du C et il y a la solution du Python, si je fais simple. Vous vous êtes tous plus ou moins codeurs codeuses dans la salle. Euh la solution du C, c'est de faire une norme. Donc le langage C, il est normalisé. Et il évolue pas toutes les semaines, hein. Entre le C de Richie Kernigan, le C normalisé en 89, le C de 95 et j'imagine que il y a des normes de C un peu plus récentes avec deux trois évolutions, qui ont pas dû révolutionner le truc, hein, mais des évolutions. Il y en a de temps en temps. Mais du coup, des compilateurs C, il en existe 50, 100, 1000. Il y a des compilateurs C qui servent à compiler du code pour montra Quartz, il y a des compilateurs C qui servent à compiler du code pour mettre sur votre Linux ou sur votre Windows ou sur votre tablette ou sur l'ordinateur de bord de votre voiture ou sur n'importe quoi. Des compilateurs C, il y en a.
[00:34:02]
Et ils lisent à peu près tous le même modèle de C, ils sont pas tous tout à fait parfaitement à la norme, mais bon. 99 %, c'est portable cette affaire. OK ? Ça c'est une norme. Très très stable, ça bouge très peu et des centaines d'implémentations en existe. La prise électrique, si vous voulez, c'est une norme.
[00:34:24]
Il existe des centaines de fabricants de prises électriques, que ce soit des prises mâles ou des prises femelles à encastrer dans le mur ou des machins, il en existe des centaines et c'est pas mal interopérable en vrai, hein.
[00:34:35]
Quand vous branchez une prise le grand dans une prise d'une autre marque, ça prend pas feu. Dingue. Parce que c'est une norme. Le contraire c'est de faire un commun numérique.
[00:34:49]
C'est par exemple le cas de Python.
[00:34:52]
Ou il y en a quelques autres hein, mais je prends celui-là parce que je je reste au même niveau, c'est un langage de programmation, ça évolue. Euh il y en a qu'un. C'est je connais pas de deuxième implémentation d'interpréteur Python à part celui distribué par la communauté Python. Pourquoi c'est un commun numérique ? c'est-à-dire qu'est-ce qu'il différencie de Go ? Et ben, il est maintenu par une communauté.
[00:35:17]
Il est sous une licence véritablement libre, il y a donc des groupes de gens qui y contribuent, qui discutent entre eux. En fait, n'importe lequel de ces groupes s'il était un peu fâché, parce que la communauté n'irait pas dans le bon sens, pourrait forquer le projet, couper, dire on repart de la dernière version connue et on va aller ailleurs. Et au lieu de l'appeler Python, on va l'appeler Cobra et il va il va fonctionner autrement.
[00:35:43]
Parce que on estime que la communauté a débloqué. Et donc personne ne peut s'approprier le truc. C'est un commun, c'est-à-dire que les gens apportent plus que ce qu'ils ne prennent. Donc tous les gens qui viennent discuter, contribuer, négocier comment on le fait évoluer, ils apportent plus que ce qu'ils ne prennent. C'est géré comme un commun numérique, ça n'appartient véritablement à personne et si quelqu'un essayait de se l'accaparer, le projet pourrait se réorienter et partir, faire autre chose.
[00:36:09]
Ça, c'est un commun numérique. C'est très compliqué à produire. Il y a des gens qui font semblant. Google avec Go fait semblant.
[00:36:18]
Euh Go est plus maintenu par Google que par les contributeurs externes.
[00:36:22]
Quand il y aura plus de contributeurs externes que de volonté marketing de Google, le truc sera devenu un commun numérique parce que à tout moment, il pourra diverger. Euh, un bon exemple, c'est Terraform. Vous voyez Terraform, tout le monde se disait c'est un commun numérique, on est à peu près d'accord sur la façon dont s'écrivent tous les provider, plugin, module, bidule. Du coup, tous les fournisseurs de solutions d'hébergement ont fourni des modules pour Terraform et avec Terraform, on peut piloter un peu toutes les plateformes. Ça a bien une tête de commun ce truc-là.
[00:36:53]
Sauf que c'est propriété de Hashicorp et que Hashicorp a décidé de changer son modèle de licence et que du coup, vous pouvez plus l'utiliser comme vous voulez. C'était donc pas un commun numérique.
[00:37:05]
Ils ont même décidé de fermer le code. La licence ne permet plus toutes les reprises. Donc, on a repris la dernière version connue à laquelle on avait le droit de toucher librement et à la forquer pour devenir Open Tofu qui lui a un peu plus une tête de commun numérique. On verra dans quelques années. mais qui reprend toutes les fonctionnalités qui s'appuie sur les dernières versions du code connu qu'on a le droit d'utiliser et puis qui qui diverge du coup mais qui lui a une licence d'utilisation qui pose beaucoup moins de problèmes. Donc vous voyez, ça c'est un moyen de résoudre le problème structurel. Et en fait, en résolvant le problème structurel, on peut acquérir une forme d'indépendance qui permet de se protéger contre les problèmes géopolitiques.
[00:37:53]
Vous voyez à peu près comment j'ai fait le grand écart ?
[00:37:56]
OK, je suis parti de Trump il veut faire la guerre au Groenland et on est arrivé à Open Tofu.
[00:38:03]
Bien. Le quatrième chapitre dont je voulais vous parler, qui va être assez court. Euh, c'est celui que j'avais appelé la Boésie. Alors maintenant, vous voyez peut-être pourquoi je vous parle de la Boésie. Qui voit pourquoi ?
[00:38:16]
Il y en a un qui suit. Alors Étienne de la Boessie. Vous avez lu évidemment, parce que vous êtes des gens très cultivé, vous avez lu le discours de la servitude volontaire d'Étienne de la Boessie. Non.
[00:38:29]
Lisez-le.
[00:38:32]
Ça fait ouais 40 pages, c'est écrit dans un français qui est facile à lire. C'est pas le vieux français de Rabelais et c'est pas le français fatiguant des gens de la télé d'aujourd'hui. C'est du français facile à lire. C'est du français de 1700 quelque chose. Euh Étienne de la Boésie a écrit ça, il avait 17 18 ans.
[00:38:55]
Oua, c'était un gamin. Étienne de la Boésie, c'était un gamin quand il a écrit ça. Euh c'est un texte très court, lisez-le et en gros, il explique que c'est pas eux qui est puissant, c'est vous qui êtes à genou.
[00:39:07]
Cessez d'être à genoux et ils cesseront d'être puissant.
[00:39:11]
Euh c'est c'est ça le cœur de son propos.
[00:39:14]
Mais en fait,
[00:39:18]
eh il y a une difficulté dans ce que dans ce que je vous raconte.
[00:39:23]
Euh comment comment je vous amène ça ?
[00:39:29]
Bon déjà, il y a une première difficulté dont j'ai déjà parlé, c'est l'incapacité à faire une analyse structurelle. OK ? Nos hommes politiques sont capables de dire Musk méchant. Ça ils y arrivent.
[00:39:43]
Ils sont capables de dire Twitter toxique, mais ils sont capables de le dire depuis que Musk méchant. Avant, ils étaient pas capable de dire la structure de Twitter est malsaine.
[00:39:50]
Donc, il y a un trou dans leur analyse, ils sont pas capables d'analyser la structure. Ils analysent les effets, c'est une fois que ça brûle, ils disent tiens, c'est chaud, mais pourquoi c'est chaud ?
[00:40:01]
Et c'est quand même vachement embêtant.
[00:40:05]
Euh, ça c'est vraiment un premier volet important. Mais on a je je me moque des politiques parce que c'est facile, mais j'ai les mêmes pour tous les chefs d'entreprise. OK ? Euh, l'entreprise qui a décidé de mettre toute son IT sur AWS ou chez Google ou chez machin ou chez truc sans réfléchir aux conséquences structurelles du truc. On dirait un ministre en train de raconter des bêtises, enfin, c'est pareil, hein, ils valent pas plus loin.
[00:40:32]
Euh, il y a un deuxième élément plus plus compliqué, c'est la facilité comme source de nuisance.
[00:40:41]
Bah dire je vais donner les clés du camion à Amazon, ça fait que moi j'aurai plus à réfléchir. pardon, je peux vous en faire une présentation positive. Je vais pouvoir me concentrer sur mon corps business.
[00:40:54]
Je, moi, je suis boulanger, je pétris du pain. Alors savoir comment ça marche les ordinateurs, je je veux pas le savoir, moi, je veux faire du pain. C'est déjà relativement technique et relativement compliqué. Vous avez plusieurs d'entre vous essayé pendant le confinement. Maintenant, vous parlez avec plus de respect à votre boulanger.
[00:41:11]
Parce que lui, il fait ça tous les jours et il se foire pas et le pain est levé tous les jours et il a pas oublié le sel. Enfin, c'est je voilà. C'est la facilité comme source de nuisance. Euh, bah dire je vais donner les clés du camion à Amazon, ça fait que moi j'aurai plus à réfléchir. Oh pardon, je peux vous en faire une présentation positive. Je vais pouvoir me concentrer sur mon corps business. Je, moi je suis boulanger, je pétri du pain. Alors savoir comment ça marche les ordinateurs, je je veux pas le savoir, moi je veux faire du pain. C'est déjà relativement technique et relativement compliqué. Vous avez plusieurs d'entre vous essayé pendant le confinement. Maintenant vous parlez avec plus de respect à votre boulanger parce que lui il fait ça tous les jours.
[00:41:12]
Et il se foire pas, et le pain est levé tous les jours, et il a pas oublié le sel, enfin c'est je voilà. Euh.
[00:41:22]
Il y a on on peut le dire en deux parties hein, ou bien c'est pas mon business. Mais dans ce cas-là, il faut le prouver. Si moi je vous jure que mon boulanger, si son informatique est cassée, petit 1, il arrive quand même à fabriquer du pain, petit 2, il arrive à le vendre. Il arrivera peut-être pas à prendre les paiements en carte, mais il arrivera à vendre du pain.
[00:41:43]
Il prendra de l'argent liquide ou des chèques ou des reconnaissances de dette ou des petites perles comme au club Med, il va se démerder. OK? La BNP si son informatique ne fonctionne plus, je pense qu'elle arrive plus à grand-chose. OK? Et donc, entre les deux, il y a un paquet d'entreprises qui dépendent de manière vitale de leur informatique et qui ont pas été capables de l'analyse disons, non, la facilité c'est pas malin en fait. En fait, l'informatique, c'est mon corps business.
[00:42:16]
Vous voyez, des gens comme Doctolib, par exemple. On est d'accord, l'informatique c'est leur corps business. Je, si leur informatique s'éteint, l'entreprise n'existe plus. Je même si le distributeur de Haribo, il est toujours dans les bureaux, on s'en branle, OK? Ces gens-là font tourner la totalité de leur système sur un WS.
[00:42:36]
Donc, ils dépendent entièrement d'un fournisseur sur lequel ils n'ont pas la main, et je pense qu'ils n'ont pas de plan de reprise d'activité pour si un WS leur crache à la gueule.
[00:42:47]
C'est embêtant.
[00:42:50]
Euh, et en fait, la facilité est une source de nuisance. Mais si je vous le dis autrement, il y a un refus de la compétence et de la maîtrise.
[00:43:00]
Parce qu'en fait, pour choisir une solution interconnectable, interopérable et cetera, déjà, il faut avoir fait l'analyse structurelle, et puis, bah, il faut un peu de compétence, c'est-à-dire il faut accepter que.
[00:43:10]
En fait, c'est c'est un vieux principe chez les industriels, hein, si vous devez piloter un sous-traitant, vous devez être plus compétent que votre sous-traitant. C'est comme ça.
[00:43:18]
Euh, si vous devez euh j'en sais rien mais c'est ça vaut pour tout. Euh, vous avez besoin régulièrement de faire appel à un fabricant industriel qui vous fabrique des pièces mécaniques machin, si vous parlez pas sa langue et son business, il va vous empapaouter. Si vous devez régulièrement faire appel à un prestataire informatique, mais que vous avez du mal à différencier le clavier de la souris, il va vous empapaouter et pas forcément exprès. Mais juste vous pouvez pas le piloter. Et donc lui, il va faire au mieux de ce qu'il peut, de ce qu'il sait. Alors éventuellement, il va tirer les prix vers le haut. Euh mais surtout euh vous pouvez pas le challenger, vous pouvez pas vérifier que la solution qu'il propose est pertinente. Vous pouvez pas aller le confronter à un autre professionnel qui aura peut-être une autre idée beaucoup plus efficace pour résoudre votre problème, parce que vous pouvez pas piloter.
[00:44:09]
Et donc, euh, deux professionnels, l'un qui dit, ah ben, moi, je vous fais ça avec trois bouts de script, il y en a pour 2 heures, allez, 3000 euros de presta parce que j'ai envie d'être bien payé. Puis l'autre qui vous dit il faut que je fasse 3 ans de développement. avec du Go, du Java, du machin, du truc, du bidule et puis toute une CI qui permet de vérifier. Si vous savez pas si effectivement le service rendu est le même, vous pouvez pas juger d'une prestation par rapport à l'autre. En gros, vous avez besoin d'être compétent pour piloter un sous-traitant. Et donc, si vous voulez sous-traiter de l'informatique compliqué, parce que quand vous la déléguez à Amazon, vous la sous-traitez, hein. Je ça veut dire que toute la partie comment on fait pour gérer un data center, comment on fait pour assurer la redondance, c'est quoi les problèmes de clim, c'est quoi les problèmes d'énergie, vous l'avez sous-traité.
[00:44:56]
Comment vous pouvez avoir confiance si vous comprenez pas ce qu'ils font?
[00:45:00]
Quand vous décidez que tout ce qui est installation des systèmes, virtualisation des systèmes, vous allez le sous-traiter. Comment vous pouvez sous-traiter si vous pouvez pas piloter votre sous-traitant?
[00:45:12]
C'est une grosse difficulté.
[00:45:15]
Et donc ce choix de la facilité et ce refus de la compétence pose un problème.
[00:45:25]
Oui, mais j'ai qu'une heure.
[00:45:26]
Non je voudrais juste entendre la question juste pour que vous sachiez qu'il y a un moment euh
[00:45:30]
C'est la raison c'est que la vitesse est énorme. Je sais mais c'est aussi alors je sais bien que c'est pas que pour ça la seule raison qu'ils utilisent les services, c'est la vitesse c'est la, c'est la. Et ben c'est c'est un choix. Mais je suis pas complètement certain sur la notion de vitesse. Je pense que c'est pour ça qu'ils ont fait le choix, mais je suis pas sûr qu'il soit pertinent. Euh mais on va se garder un peu de temps pour les pour les questions. Donc pour moi vraiment, il y a il y a ces trois éléments là. Il y a la il y a la facilité comme source de nuisance. Il y a le refus de la compétence et de la maîtrise et il y a l'incapacité à faire une analyse structurelle. Le refus de la compétence, ça je l'ai vu dans beaucoup d'entreprises. Je pense pas que ce soit par refus de compétence que Doctolib et fait ça, je pense que c'est par facilité et par rapidité. Et que ils se sont dit l'analyse structurelle, on s'en fout. Euh, mais du coup, ça veut dire que la France a confié sa campagne de vaccination Covid à une entreprise qui était potentiellement fragile euh et donc que aujourd'hui, il y a des milliers de médecins qui ne prennent plus de rendez-vous autrement que par cette entreprise.
[00:46:34]
qui se retrouve un espèce de de de point névralgique vaguement monopolistique un petit peu ressource essentielle, pas très loin d'être un opérateur d'importance vitale puisque on peut paralyser la médecine de France en paralysant Doctolib et qui sont pas foutu d'avoir un plan de reprise d'activité. Il y a un problème d'analyse structurelle. Je comprends la facilité, mais il y a un problème d'analyse structurelle là-dedans. Euh, et donc voilà, ce que ce à quoi je vous je voulais vous amener, c'est qu'en fait.
[00:47:05]
Les ce qui empêche les entreprises de de faire cette analyse là, ce sont ces éléments-là. Le refus de la compétence, c'est un truc que je connais très bien. Parce que il faudrait avoir une équipe d'informaticien assez capé, qui connaissent bien l'infra, qui connaissent bien la maison, qui du coup s'en vont pas, donc on peut pas compter sur des presta qu'on va virer tous les 6 mois. Euh, ça ça crée plein de difficultés, ça veut dire qu'on devient responsable de ce qu'on fait. C'est si ça marche pas, c'est de notre faute. Alors que si on a sous-traité et qu'en plus on a sous-traité au numéro 1 du marché, ce n'est plus de notre faute. Allez, je vais conclure là-dessus. Vous m'avez peut-être déjà entendu raconter la différence entre un responsable et un directeur. J'ai appris ça à l'époque où je bossais chez France Télécom. Il y a une différence énorme entre un responsable et un directeur. C'est que le responsable n'est pas directeur, et que le directeur n'est pas responsable.
[00:48:00]
C'est ça la différence.
[00:48:03]
C'est facile.
[00:48:05]
Bah oui, le responsable c'est celui qui doit se relever la nuit si ça marche pas. Donc, ça va marcher.
[00:48:12]
Il va mettre un bout de scotch pas homologué avec un bout de ficelle et un truc qui tire sur la clochette pour que, mais ça va marcher parce qu'il veut dormir la nuit. Donc, quoi qu'il advienne, lui il trouvera une solution pour que ça marche. Le directeur, ce qu'il veut, c'est que ce soit pas de sa faute.
[00:48:29]
De toute façon, que ça marche ou pas, il se relèvera pas la nuit. Il a un responsable pour ça.
[00:48:34]
Mais en revanche, si ça marche pas et qu'il a fait un choix un peu engageant. On pourrait le lui reprocher.
[00:48:45]
Or, il veut pas qu'on le lui reproche. Donc, il a choisi le plus cher, le numéro 1 du marché, celui que tout le monde choisit.
[00:48:55]
C'est absolument pas adapté. Il a été acheté des Ferrari pour livrer pour faire les livraisons. Du coup c'est con. C'est absolument pas adapté, c'est totalement hors de prix, mais on pourra pas le lui reprocher. Parce que il a pris le leader du secteur.
[00:49:12]
Et c'est toute la différence entre un directeur et un responsable. Un directeur a un refus de la complexité et un refus de la compétence et un refus de la responsabilité. Il veut que ce soit pas de sa faute. Du moment qu'il y a quelqu'un dont c'est la faute à sa place et à qui il puisse transmettre le reproche, en général, il est un peu plus apaisé. On a beaucoup trop de directeurs.
[00:49:31]
Il nous reste une petite dizaine de minutes si vous avez des questions.
[00:49:43]
Merci déjà pour ce moment. tu parles beaucoup de plutôt réduire les dépendances est-ce qu'il y aurait pas une autre solution plutôt d'augmenter les interdépendances ? Du coup, j'ai plus besoin de toi et tu as plus besoin de moi et du coup ce qui fait que tu vas pas me taper dessus parce que tu auras besoin de moi.
[00:50:00]
Alors ça ça peut marcher, c'est un peu le principe de la dissuasion nucléaire. Il faut que je puisse te tuer.
[00:50:08]
Mais c'est ça peut être une réponse de remplacer une dépendance par une interdépendance. Mais ça suppose une certaine forme d'éducation.
[00:50:19]
Ça suppose que l'autre comprenne qu'il y a une interdépendance et que donc il comprenne. Parce qu'en fait, en vrai, entre l'Union européenne et les États-Unis d'Amérique, il y a une interdépendance. Les bêtises qu'il est en train de faire sur les tarifs douaniers l'agent orange là, euh ça va faire au moins autant de mal à l'économie américaine qu'à l'économie européenne. Juste, je suis pas sûr qu'il l'ai compris.
[00:50:41]
Non, je suis pas sûr.
[00:50:42]
Non, je pense qu'il pense peu ce monsieur.
[00:50:47]
Et dans la série, il refuse la complexité, euh, il se pose là, je pense pas qu'il soit bête à vraiment parler, c'est pas comme ça. Mais je pense qu'il refuse la complexité et que donc la première analyse qui lui vient, il considère qu'elle est exacte, et il agit de manière très brutale en fonction de ça. Et et d'ailleurs c'est pour ça que quand on fait une réponse assez brutale en face, il recule un peu. Euh, typiquement, quand il quand il a eu des des comportements extrêmement brutaux vis-à-vis de du Mexique ou du Canada et qu'il y a eu des réponses très brutales en face, il a reculé. Euh, mais tu vois, ça c'est cette idée d'interdépendance, ça suppose une espèce d'intelligence commune sur OK, on est d'accord, on s'est compris. Un peu ce qui se passe entre la Russie et les enfin entre l'URSS et les États-Unis pendant les les périodes dures de la guerre froide. C'est-à-dire qu'en gros, tous les cadres de l'armée russe et tous les cadres de l'armée américaine savent très bien que si jamais ça part en 3e Guerre mondiale, c'est la fin du monde. Tout le monde va atomiser tout le monde, il y aura peut-être des survivants qui seront des des tardigrades sous les sous les galote polaires, mais c'est tout quoi, enfin, je il ne restera rien. Euh, donc, on va tacher de pas le faire. Mais tu vois, ça supporte une forme d'intelligence commune. Or, ce qu'on voit régulièrement dans le monde que nous habitons, c'est que des fois l'intelligence disparaît.
[00:52:12]
Euh que que ce soit sous, ça peut être sous forme de euh un état qui bascule, comme ce qu'on voit en ce moment aux États-Unis. Euh, ça peut être sous forme de euh d'autres, d'autres crises, enfin, tu vois, euh l'Afghanistan est un pays civilisé, en vrai.
[00:52:31]
Alors, en ce moment, non. Mais c'est pas parce que les Afghans sont des idiots, juste il se trouve qu'en ce moment les idiots sont au pouvoir en Afghanistan. Euh, et donc on on aurait pu trouver des solutions intelligentes avec autour de de de de l'Afghanistan, il y a 50 ou 100 ans, euh parce que c'était des gens éduqués, instruits et cetera, et et créer des interdépendances. Mais une fois que la bêtise euh bascule et prend la main, l'interdépendance n'est plus une garantie de rien. Une fois que la bêtise euh bascule et prend la main, l'interdépendance n'est plus une garantie de rien. Pareil, je suis très méfiant parce qu'il y a un biais.
[00:53:08]
Euh, on, mais. pour pour le coup ça ça revient à ce que je dis sur réduire la réduire la dépendance, euh la comprendre et la choisir. Éventuellement choisir d'en avoir plusieurs. C'est dire, OK, j'ai pas du tout envie de gérer mon IT, donc je dois passer par trois, quatre, cinq cloud provider. Mais du coup, je fais l'effort d'avoir des gens suffisamment compétents pour piloter mes sous-traitants et pour piloter la façon dont je peux à tout moment me passer de l'un, passer sur l'autre, comment est-ce que je crée euh, c'est extrêmement compliqué, hein? C'est extrêmement compliqué à faire. Je connais très peu de gens qui sont capables de dire, OK, mon système est suffisamment portable pour que je puisse en temps de temps passer de tel fournisseur à tel autre, et ça suppose des contraintes de développement de dingue, et cetera, hein?
[00:53:49]
Mais l'interdépendance, ça marche entre acteurs de taille à peu près égale, dans un monde euh multipolaire où on est nombreux. Euh typiquement, ça marche pas du tout entre mon entreprise, quelle que soit la taille de l'entreprise, et GCP.
[00:54:04]
Parce que il y a une asymétrie fondamentale.
[00:54:08]
Une autre question.
[00:54:15]
Merci déjà, c'est super intéressant. Je suis très d'accord sur le l'analyse de responsable directeur, mais en fait ça ça sous-tend la question même de de l'entreprise et du modèle capitaliste derrière. C'est c'est c'est de l'intérêt court-terme, c'est euh c'est qu'est-ce que promeut l'organisation, qu'est-ce que quel est le plan derrière quoi.
[00:54:36]
Ça c'est plus compliqué comme question.
[00:54:40]
Euh, parce qu'en fait c'est moins en lien avec ce que je ce que je vous ai raconté pendant 1 heure. Euh, si vous l'avez pas vu, je vous recommande la conférence que j'ai faite à Luxembourg il y a quelques mois un truc qui devait s'appeler Voxed. Euh, la vidéo traîne dans le YouTube.
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Tu cherches Voxed, Bayard, Luxembourg, tu trouveras. En particulier, j'explique que c'est faux les entreprises n'ont pas comme objectif de faire de l'argent. Si elles avaient comme objectif de faire de l'argent, elles seraient pas organisées comme ça.
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Euh, donc non. Le but de l'entreprise c'est de satisfaire la libido du patron. C'est comme ça.
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Et donc une entreprise, il y a certes un côté, il faut que ça rapporte du pognon à l'actionnaire, c'est un élément parmi d'autres pour les actionnaires dont la libido est centrée sur le pognon, mais c'est aussi des histoires de rapport de pouvoir et de rapport de domination et de comment s'organisent les rapports de pouvoir et de domination dans le groupe social qui est l'entreprise. Le capitalisme étant une des façons d'organiser ces rapports de pouvoir et de domination. Et en fait, si tu essayes d'analyser le comportement des entreprises juste par le pognon, ça ne marche pas. Elles devraient être organisées de manière très différente et elles seraient infiniment plus rentables en étant organisée de manière très différente. En revanche, le chef ne serait peut-être pas chef. Et du coup, comme il veut avoir la grosse voiture rouge parce qu'il en a besoin pour niquer.
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C'est un peu plus détaillé dans dans la présentation de Voxed.
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On veut le titre de la du talk.
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Oh, il devait s'appeler Géopolitique de la Data parce que j'ai mis un titre passe partout. Mais euh vraiment, tu cherches Voxed, Luxembourg, Bayard,
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YouTube, tu retrouves ça en quelques secondes.
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Oui, question. Je vais pas poser des questions sur le cloud.
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Il faut que tu mettes le micro collé au masque.
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Comme ça. Euh, ma question c'était pour limiter les dépendances, euh pas l'indépendance mais par exemple sur l'exemple du cloud provider ou même sur un Twitter ou un autre. ça veut dire augmenter, alors on a moins une grosse dépendance et plusieurs petites.
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mais avoir plusieurs dépendances augmente le coût de complexité que l'on a à voir à synchroniser ce qu'il y a besoin d'être synchronisé ou aligné ce qu'il y a besoin d'être aligné entre les coups. Quel est la bonne manière de jauger cette complexité et comment on peut l'accepter.
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Ben en fait, tu augmentes pas forcément la complexité, tu peux te retrouver à la réduire. Par exemple, euh tu décides que tu veux pas être dépendant de ton cloud provider, donc tu vas pas aller chez Amazon, et tu décides que tu veux pouvoir changer de cloud provider. Donc tu vas t'intéresser à des hébergeurs qui te fournissent des solutions raisonnablement standards. Alors, j'en sais rien, est-ce que tu vas dire que tu prends des gens qui te fournissent du Proxmox, ou est-ce que tu dis que tu prends des gens qui te fournissent de l'Open Stack? Alors, c'est pas du tout full feature, tu perds énormément en feature. Mais tu dis, OK, moi je me contente de ça comme feature. Euh, parce que du coup, je sais me déplacer. Et qu'en fait, j'ai quatre providers qui me fournissent ce truc bien normalisé, mais je me limite à la norme.
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Donc il y a plein de fonctionnalités auxquelles j'ai pas accès, mais je suis mobile. Typiquement, tu dis, OK, je garde je garde les les les hyper scalers, mais je ne vais utiliser comme fonctionnalité chez eux que de la VM. Je vais juste leur louer de la VM, et dessus, je déploierai des systèmes que je vais opérer moi et cetera. Bah, là, du coup, garantir la portabilité, enfin, tu vois, écrire le boot script Terraform qui te déploie une infra sur Amazon ou sur Scaleway ou sur OVH ou sur Google.
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Donc déjà, je l'ai rendu beaucoup plus portable en disant je me suis restreint à un tout petit subset de fonctionnalités qui sont raisonnablement normalisées, et où la petite couche de compate euh entre mes différents fournisseurs, elle est pas très dure à écrire. Donc en fait, c'est plutôt en retirant de la complexité peut-être inutile, ou en la déplaçant, et en disant, euh, OK, j'accepte de leur sous-traiter ça parce que ça, je sais trouver cinq sous-traitants qui le fabriquent et donc je peux passer de l'un à l'autre. Et donc il y a le reste de la complexité, je vais l'assumer parce que si je la délègue, je deviens dépendant d'un fournisseur unique.
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Donc c'est plus à cet endroit-là que tu vas trouver des choses. Mais sinon, tu as aussi la solution qui consiste à dire, euh, OK, si tu as la taille critique pour. Je choisis un fournisseur auquel je vais sous-traiter tout ça, mais j'en suis actionnaire. Mais j'ai une forme de contrôle dessus, mais j'ai mis la main, mais euh j'ai fabriqué avec quelques collègues un consortium capable de, et donc je je. Et euh quand quand je dis un consortium, tout le monde se dit, ah oui, alors BNP, Société générale, crédit mutuel, BPCE machin vont s'allier pour faire un consortium d'hébergement de données bancaires. Ça peut être une œuvre de bienfaisance comme celle-là.
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Ou bien ça peut être des modèles que moi j'ai pratiqué, c'est-à-dire euh trois fournisseurs d'accès internet associatif, donc des trucs qui sont même pas de de du enfin le budget annuel de ces associations n'est même pas le budget petit four de de notre ancienne employeur commun.
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Euh et qui pourtant vont être capables de dire, OK, on s'associe tous les trois pour fabriquer telle brique commune. Euh, j'ai en tête la façon dont on a créé Gitoyen. Tu vois, 5, 6 associations se sont associées pour fabriquer un opérateur réseau. Parce que pour chacune d'entre elles être opérateur réseau c'était trop compliqué, trop coûteux, trop chronophage, mais que à nous 5 réunis ça faisait un truc pas débile et du coup on pouvait embarquer à bord 5 6 7 autres et donc on a créé un consortium qui est une autre association, toute petite. Mais à laquelle on a sous-traité ce truc là plutôt que d'être dépendant d'un fournisseur qui serait unique et qui pourrait nous foutre à la porte à tout moment. Donc on a acheté notre indépendance en disant, OK, là, il y a un nœud de savoir-faire qu'il faut détenir. Et donc on va fabriquer un petit sous-groupe de bénévoles qui va porter ce savoir-faire, qui va apprendre, qui va monter en compétence, et cetera.
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Donc c'est vraiment une question de comprendre à quel moment quelqu'un peut me tuer, est-ce que je l'accepte, est-ce que je l'accepte pas? Et comment je gère?
[01:01:11]
Et ça peut être de réduire la la dépendance, de réduire la complexité. De dire, OK, ça c'est trop compliqué. Si je fais ça, je deviens dépendant et vulnérable et j'ai pas envie d'être vulnérable, donc je vais m'en passer.
[01:01:26]
Alors, une dernière très rapide, très rapide.
[01:01:32]
Non alors c'est vraiment pour conclure parce que c'est la fin et que c'est pas une question. La quadrature du net euh a fait son appel au don.
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pour couvrir l'ensemble de son budget 2025 et ils en sont qu'à 49 %. Donc je vous invite à participer.
[01:01:51]
Je vais pas le contredire.
[01:01:52]
Merci.