Michel Yakovleff
Transcription
Bienvenue. Donc nous allons parler du risque.
Alors... Je ne sais pas si vous connaissez l'histoire de la bataille de Denain.
Donat, c'est dans le nord. Il y a des gars du nord ici, du Chenor? OK. À côté de Valenciennes. C'est pour dire si... Bon, c'est un peu moins au milieu de nulle part que la Haute-Loire, mais quand même. Bon. Donat.
Donc, Denain, le 24 juillet 1713, c'est vers la fin du règne de Louis XIV, un maréchal qui s'appelait De Villars a remporté une victoire qui a sauvé la France. Et pour que vous compreniez bien à quelle mesure la France était dans la merde, c'était la guerre de succession d'Espagne, commencée en 1709, où en gros, l'Europe... Était contre la France, Louis XIV, l'Europe, les coalisés. Et les armées coalisées ont donc envahi la France à partir de 1709 et, à l'occasion de sièges successifs, ont démantelé le nord de la France, le système défensif français, une place forte après l'autre.
C'est bon ? Tout le monde voit?
Et donc...
Donat, c'est sur l'ESCO.
Avant Valenciennes. Donc on va dire Donin est là, il y a un pont, Valenciennes est là.
Et l'armée des coalisés était soutenue par tout le réseau fluvial et les canaux du réseau sombre ESCO au nord. Et donc leur logistique arrivait là et soutenait l'armée des coalisés. Qui était allé mettre le siège sur l'Andressie. Ça vous dit quelque chose, l'Andressie? J'y suis allé.
C'était déjà pas grand-chose à l'époque, c'est vraiment pas grand-chose aujourd'hui. L'Andressi, je crois qu'ils n'ont même pas un super-U, c'est pour dire. Bon. Mais l'Andressi avait la particularité d'être sur l'Oise. Et la logistique des armées, à l'époque, dépendait des fleuves. Elle était sur des péniches, des barges, parce que ça permettait d'amener des tonnes. L'armée du prince Eugène, dont je vais parler, c'était... Je vais les mettre en rouge. C'était 130 000 hommes. Donc, prince Eugène.
130 000 hommes.
Et l'armée française, aux ordres de Villars, le vieux maréchal de Villars, c'est 100 000.
Le royaume était à bout. En 1712, je crois, les coalisés ont présenté des termes, des conditions de paix à Louis XIV. Et dans une de ces conditions, il fallait qu'il retire le Bourbon, son petit-fils, qui était devenu roi d'Espagne. La guerre de succession d'Espagne, elle a commencé parce qu'il y avait un désaccord sur qui allait être roi en Espagne.
Et Louis XIV a eu cette très belle phrase. « Quitte à faire la guerre, je préfère la faire à mes ennemis qu'à mes enfants.
Mais le pays était exsangue après trois ans de guerre, d'invasion, et le roi a fait quelque chose qui est... On a complètement oublié tout ça. Il a fait lire une proclamation à la messe, je ne sais plus quel jour, il y a eu un dimanche, où l'ensemble du royaume de France a entendu le message du roi. C'est la première utilisation des masses médias.
Et on parle de masse média. 70% de la population française a entendu le message, le même jour, à la même heure. Et dans ce message, le roi disait, expliquait au peuple pourquoi il continuait la guerre, pourquoi sa cause était juste et pourquoi il allait y avoir, on allait continuer tous ces sacrifices. Parce que des sacrifices, il y en a eu énormément. En plus, ça, ça a été une mini-période glaciaire. Il a fait très froid. Les hivers étaient très durs. Enfin bref, pour le peuple, c'était dur. C'est quelque chose de très nouveau parce que c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un souverain, jusque-là nommé par Dieu, l'onction du Seigneur. Le roi est loin du Seigneur. Pas loin au sens l'éros. Il est loin, L apostrophe O I N T. Il a l'onction du Seigneur. Donc il n'a pas à se justifier au peuple. Il est là de droit divin. Le roi est là de droit divin. La notion qu'il est à expliquer au peuple, c'est un truc débile, ça.
La France était arrivée à de telles extrémités que le roi a fait lire, écrit et fait lire ce message expliquant au peuple pourquoi il allait continuer à lui demander tous ses sacrifices.
C'est une nouvelle conception du pouvoir qui naît en France. Une nouvelle conception du pouvoir. C'est Louis XIV à quelques années de sa mort. 1715, il est mort. Bon, moyen en quoi la guerre continue. C'est pour dire si la France était vraiment proche de mourir en tant qu'État.
Et donc, en juillet 1713, l'armée du prince Eugène, qui s'appuie sur le système logistique sombre ESCO, fait le siège de Landressy, petite bourgade de 6 000 habitants, si mes souvenirs sont bons, à l'époque, je ne sais pas. Et Landressy...
A la particularité d'être la dernière place fortifiée avant Paris. Après, il n'y a plus rien. Et de l'Andressi, on peut créer une nouvelle route logistique beaucoup plus courte qui amènera les convois fluviaux jusqu'à Paris. C'est-à-dire que l'Andressi est le verrou de Paris.
Les armées du prince Eugène, après deux ans de conquêtes successives, le Quai Noir qui est ici, est tombé, sauf erreur, le 13 juillet, après plusieurs mois de sièges très durs, beaucoup de destruction, le Quai Noir a beaucoup souffert. Et donc après la chute du Quai Noir, il n'y a que Valenciennes qui tiennent encore, mais ils n'ont pas besoin de Valenciennes, les coalisés, parce que leur réseau arrive par là. Et ils pensent établir une nouvelle ligne logistique plus courte qui permettra à l'armée du Prince Eugène d'aller. Donc l'Andressi, c'est le verrou du royaume. Et pour sauver le verrou, on sort le maréchal de Villars d'une semi-disgrace suite à la bataille de Malplaquet. Et le roi lui dit, ben voilà, vieux, votre mission est simple, il faut sauver la France.
Bon. Alors, Villard.
Le problème de Villars, c'est qu'à 100 000 contre 130 000, généralement, c'est mauvaise limonade. Ça commence mal. Alors, le siège de l'Andressi, c'est ça. Alors, ce qu'on appelle une circonvallation, c'est-à-dire, il y a une ligne de gène face à l'Andressi. Pour leur casser la gueule, et une ligne face à l'extérieur, face à une armée de secours, qui est l'armée de Villars. Et on couvre l'intervalle, ça, ça fait 30 km. On couvre l'intervalle jusqu'à la tête de pont logistique qui est Denain.
Pendant qu'il met en place son siège, Villard a offert le combat au prince Eugène au Cateau-Cambresi, donc le 20 juillet. Il avance son armée.
En espérant que l'autre va l'attaquer. C'est-à-dire que la position pour lui est bonne, il y a une crête, on domine le truc et tout, on va le voir arriver. Le prince Eugène arrive et dit« Il me prend vraiment pour un lapin de six semaines, celui-là. » Donc, il refuse le combat. Eugène, il a le loisir de refuser le combat, puisque lui, il fait le combat pour l'Andressi. Si tu veux me chercher, viens me chercher. Tu sais où je suis. Tu viens quand tu veux, camarade. Le prince Eugène, il a donné son nom à un croiseur, le Prince Eugen, qui a coulé en même temps que le Bismarck. Ils étaient partis à deux, si ça vous dit quelque chose. Donc dans l'histoire allemande, le prince Eugène, c'est quelqu'un. C'était un général d'armée à l'âge de 28 ans. Et donc, zigzag de la pêche, un très très bon stratège, très bon général, etc. Donc, Prince Eugène, c'est quelqu'un de bien. Soit en passant, il avait proposé ses services au roi de France au début de sa carrière. Et le roi de France avait dit, non, un paltoquet de 26 ans, je ne vais pas recruter un paltoquet de 26 ans pour commander mes armées. Du coup, il est allé chez les coalisés, puis on l'a vu revenir avec l'armée coalisée, c'est ballot. Quand on a un talent comme ça, il vaut mieux le garder chez soi. Bon, bref.
Bon, alors donc... Villard, il a ce problème que l'autre, il va le pousser à un combat offensif quand lui est en désavantage. Et donc, il conçoit une manœuvre qui va sauver la France. Donc, le 22-23 juillet, l'armée de Villars fait ce qu'ils ont appelé le Grand Chahut. Donc au sud de l'Andressie, ils franchissent, la cavalerie grenouille, on coupe beaucoup de bois, parce que les sapeurs avaient besoin de bois pour faire des fascines, bref, des matériels pour les assauts, etc. Et donc on fait un gros barouf là. Et le prince Eugène observe ça. Il dit« Bon, les Français, c'est classique. Ils se préparent à un combat pour dégager l'Andressie, combat qu'ils attendent par là ou par là. » Et donc Eugène, il a un corps d'environ 30 000 hommes au nord.
Qui était à peu près centré sur le Quai Noir, et il le fait descendre pour resserrer sur le reste de l'armée. Donc en fait, Eugène, le 23 soir, il est comme ça.
Et après, ça recommence. Et c'était ce que voulait Villard. Dans la nuit du 23 au 24, l'armée de Villars décroche, comme on dit, remonte par le nord, parcourt 30 km sur trois axes, On a un qui est dans la vallée de la Seille. Alors la Seille, c'est un petit pissou qui alimente l'Esco. Et la route qui longe la Seille, elle est à 6 km des lignes du Prince Eugène. Donc les ponts sont gardés et des hussards sont sur la crête. En train d'observer les feux de l'armée de Gênes. Et il voit, ça ne bouge pas. Et les consignes pour bouger une armée de 100 000 hommes avec des chevaux, de l'artillerie, des charrois, sont silence total. Vous ne parlez pas, etc. Et tous les charrois, tout ce qui fait du bruit, est sur l'axe le plus à l'ouest. Et donc, dans la nuit du 23 au 24, 100 000 hommes dégagent complètement d'ici, se présentent sur l'Esco. L'Esco, à l'époque, c'était une zone marécageuse, c'est pourrave. Le franchissement a lieu au matin entre 8h et midi. Il faut 4h pour franchir l'Esco et surtout la zone marécageuse derrière, donc splotch, splotch, splotch, etc.
Et à Donin même, il y a 6 000 hommes.
Et la position a été fortifiée, sans plus. Et là, vers 10h du matin, le prince Eugène a quand même été alerté. Il vient voir ce qui se passe. Il observe le franchissement en cours. Bon.
Et on lui dit, alors général, qu'est-ce qu'on fait ? Il a eu une phrase historique, et ce que je dis est vrai, il a dit, je crois qu'il est temps d'aller déjeuner.
C'est vrai. Au sens, c'était une façon de dire, Villard, il s'amuse là. Il n'avait pas perçu que c'était toute son armée qui était là. Mais en revenant vers la tente où il y a la soupe qui l'attend, il se dit, je crois qu'il m'a eu. Il m'a eu le salaud. Et donc, en revenant, il prend le corps, le premier corps sur lequel il tombe, et il dit, c'est vous qui avez fait mouvement? Ben oui. Et ben, demi-tour, et pas de gymnastique jusqu'à l'esco.
Moyennant quoi, lui revient là où il peut observer la scène. Lui, il revient, c'est juste quelques chevaux, donc ce n'est pas comme une armée qui doit emballer les trucs, faire le sac à dos et on part. Et ce qu'il voit à midi, c'est les 40 premiers bataillons de l'armée de Villars ont franchi. On fait à droite, droite. Les gars, il y a 40 bataillons, donc ça fait à peu près 30 000 hommes, alignés par groupe dans la plaine. Tout le monde à genoux, les aumôniers font la bénédiction, et d'un coup, tout le monde se lève et dans un grand cri, franchissent les 500 mètres qui les séparent de Donat. Il y a une intense mousqueterie qui les attend. Au total, il y aura 500 morts français et on pense environ 3000 bataves. C'était des bataves qui étaient dans Donin. C'est-à-dire que les gars n'ont à peine eu le temps de mousqueter une fois ou deux et les gars étaient sur la position. Et la prise de Donin se fait dans l'heure.
Pendant ce temps-là, le reste de l'armée franchit. Et donc, dans l'après-midi, la logistique est coupée. Dans l'après-midi, le prince Eugène fait faire avec son corps d'armée des assauts furieux. Alors, il ne peut pas reprendre Denain. Parce que le pont, forcément, l'armée... Déjà, le pont est cassé, parce que tous les gars qui... C'est un pont en bois, et la garnison de Denain... en fuyant, a effondré le pont. Et beaucoup de soldats sont morts dans l'esco, noyés. Donc il n'y a plus de pont. Ici, il y a un pont qui s'appelle Prouvy. C'était une fois ou deux et l'égard était sur la position. Et la prise de Donin se fait dans l'heure.
Pendant ce temps-là, le reste de l'armée franchit. Et donc, dans l'après-midi, la logistique est coupée. Dans l'après-midi, le prince Eugène fait faire avec son corps d'armée des assauts furieux. Alors, il ne peut pas reprendre Denain. Parce que le pont, forcément, l'armée... Déjà, le pont est cassé, parce que tous les gars qui... C'est un pont en bois. Et la garnison de Denain, en fuyant, a effondré le pont. Et beaucoup de soldats sont morts dans l'esco, noyés. Donc il n'y a plus de pont. Ici, il y a un pont qui s'appelle Prouvy. Alors aujourd'hui, Prouvy, c'est une zone commerciale. Et le prince de Tingry qui commande à Denain, il avait 15 bataillons. Il prend les 15 bataillons dans l'après-midi de sa propre initiative et il défend le pont. Donc le pont est attaqué pendant toute l'après-midi et vers 17h, le prince de Tingry fait exploser le pont. Comme ça, c'est fini. Et du coup, le soir du 24 juillet, la situation est complètement inversée. Le prince Eugène est en train de faire le siège de l'Andrécy, mais il n'a plus de logistique. Il est coupé. Les convois, c'était un par jour. Le convoi du jour, il a été capturé par les Français. Il n'y a pas d'autres convois. Et le temps de rétablir une ligne logistique par là prend une semaine. Pendant cette semaine, son armée est réduite à la disette et en particulier, il mange les chevaux. Alors déjà, ça ne se fait pas de manger son meilleur ami, mais quand on mange les chevaux, après, on a beaucoup de problèmes pour tirer les charrois et en particulier l'artillerie. Et donc l'armée du prince Eugène, une semaine après, lève le siège de Landressy et repart par là, en abandonnant l'essentiel de son artillerie et de sa logistique. La bataille de Donat a changé le cours de l'histoire de la France. Donc entre 1913 et 1914,
Villars reprend tout le nord de la France, les places tombent l'une après l'autre, et pour finir, il poursuit le prince Eugène jusqu'en Forêt-Noire, où sera signée la paix de Rastatt, en 1714, je crois, qui, en gros, les frontières d'aujourd'hui de la France à l'est, c'est encore Rastatt. Donc Denain, en une journée, a changé le sort de la guerre.
Alors je vous parlais du risque, enfin je suis censé vous parler du risque.
Ici, Villard a 100 000 contre 130 000.
Et le gars était en position défensive sur le terrain qu'il avait choisi, ayant fait ce qu'il avait à faire. Là, il a fallu que Villard trouve une solution pour lui baiser la gueule à cet enfoiré de Prince Eugène. Pour parler, pardon. Il a fallu qu'il trouve une solution. Et c'était une solution à haut risque. Risque que la feinte ne marche pas. Risque surtout que son armée se fasse intercepter en cours de route. Parce que ça aurait été possible. Et à ce moment-là, c'était un combat au lever du jour, ce qu'on appelle un combat de rencontre.
Risque pendant le franchissement, il se savait observé par Eugène.
S'il avait laissé la moitié de son armée derrière, Eugène aurait pu bouffer la moitié de son armée. Et Donin aurait été une petite escarmouche dans une bataille beaucoup plus grave. D'ailleurs, au petit matin, pendant le franchissement, pas au petit matin à 9 ou 10 heures du matin, il y a eu un grand débat entre Villard et son adjoint, le marquis de Montesquieu, parce que Villard a eu un moment d'hésitation de faire franchir toute son armée. Il n'avait pas encore pris Donat.
Et donc, il a eu un moment d'hésitation. Je me demande s'il ne faudrait pas que les gars qui n'ont pas encore franchi fassent le hérisson face au sud. Et Montesquieu lui a dit, ah non, maréchal, ah non, on est parti comme ça, alors maintenant, on va jusqu'au bout. décider qu'on franchirait l'ESCO, alors il n'est pas question de changer maintenant. Maintenant, on y va.
Bon, on continue. Et c'était la chose qu'il fallait faire, parce que quand Eugène s'est retrouvé avec ses forces, pas lui tout seul avec sa longue vue, mais avec ses forces en mesure de cogner, il était attendu par l'autre, de l'autre côté de l'ESCO, avec une zone bien marécageuse de merde, tous les ponts cassés, celui-là cassé, celui-là cassé. Et là, il avait inversé la proposition de Landressi. C'était« Ah, tu, viens me chercher, camarade, c'est quand tu veux, je t'attends. » avec le moral, la dynamique de la victoire derrière. Donc ici, j'aime cette histoire, indépendamment du fait qu'elle a sauvé la France. Sinon, je parle de Incheon, la Corée, qui est encore beaucoup plus récente. Mais là, on a un gars qui, en acceptant une prise de risque, a choisi sa bataille, qu'il a gagnée. Et à la limite, il ne pouvait que gagner. Parce qu'avec son armée de 100 000 hommes face à 6 000, c'est une question de temps. Une fois qu'il était de l'autre côté de l'ESCO, il était à l'abri.
Donc il a pris un risque calculé. Et il y a cet aspect intéressant, c'est qu'il a eu peur du risque pris le matin. Il y a eu un moment où il a eu peur. Parce que Villard, ce que j'ai oublié de vous dire, c'est qu'à la différence du prince Eugène qui était très audacieux, Villard était un général très prudent. Très prudent, trop prudent.
Et là, ce jour-là, il a surpris Eugène. Eugène l'a dit après, il n'avait jamais pensé que ce vieux renard, comme il disait, que ce vieux renard puisse lui faire un coup aussi culotté.
Voilà. Alors pourquoi le risque, la prise de risque, ici, on le voit,
Entre 130 000 hommes et 100 000, statistiquement, ce n'est pas les 100 000 qui gagnent. Et pourtant, ici, ils gagnent, et de façon décisive, historique. Pourquoi? Parce que le risque a compensé la différence. Et pareil, si je suis Ayrton Senna, bon, il est mort, donc peut-être pas le bon exemple. Enfin bref.
Bon, prenons un Sénat. Sénat avec une voiture qui a 20 chevaux de moins qu'Alain Prost, qui a donc 20 chevaux de plus. Comment Sénat, il va faire pour battre Prost? Il va prendre des risques. Il va freiner plus tard dans les virages. Il va accepter de se faire déventer. Il ne va peut-être pas changer de pneu au moment où il pleut. Il y a un truc. Mais pour qu'il le batte... Il va falloir qu'ils prennent des risques. Et donc, à l'arrivée, si jamais il gagne, on peut dire que la prise de risque a compensé 20 chevaux de différence de puissance moteur, et plus, puisqu'il a gagné. Donc le risque fait partie du potentiel de combat. Donc je parle en militaire, vous en jugerez vous-même en entreprise. Le risque apporte la prise de risque, l'acceptation du risque. apporte de la puissance de feu. C'est l'équivalent de deux régiments d'artillerie, de deux escadrilles de rafales. C'est, voilà, accepter le risque me rend plus fort.
Et alors, quand j'étais plus jeune,
et qu'on parlait de... Bon, bref, d'opérations possibles, il y avait les gars du cabinet du ministre qui regardaient le truc et qui disaient« Mais il y a un risque, là.
Oui, il y a un risque. Dans toute opération militaire, il y a un risque. Sinon, on ne fait pas ce métier.
Si je dis« je fais du parachutisme, il y a un risque», si tu n'aimes pas le risque, fais autre chose. Joue au boule.
Ou passe l'aspirateur. Vous voyez ce que je veux dire? Par définition, on fait ce métier, on l'accepte.
Et j'avais été frappé par les gars qui disaient« il faut minimiser le risque».
Et moi, plus j'ai étudié des batailles et tout, et plus je me suis dit« non mais attendez les gars, les gars qui gagnent, ou les gars qui avaient toutes les chances de gagner mais qui ont gagné à pas cher, sont des gars qui ont pris des risques». Et du coup, au lieu de dire« il faut maîtriser le risque dans toute manœuvre que vous proposez, prenez celle qui présente le moins de risque», non, non, non, on va inverser complètement le truc. On va jouer à son plus haut niveau de risque, de façon délibérée.
Et je disais à mes officiers, quand vous concevez une manœuvre, quand on conçoit une manœuvre, c'est de l'imagination, on conçoit deux modes d'action, MA1 et MA2. Qui doivent être différenciés parce qu'on va les confronter pour voir lequel apporte tel avantage, est-ce que j'arriverai plus tôt sur Donin, est-ce que ça me coûtera moins cher, etc. Et il y a le calcul de risque, l'appréciation du risque, on le fait. Et donc je disais aux gars, vous imaginez le mode d'action numéro 1, on est dans le classique. Faites dans le classique, vous cassez pas la nénette, faites comme on dit dans les bouquins, etc. Et puis le numéro 2, avant de l'imaginer, vous mettez une ligne de coke sur la table, vous faites...
On va se la jouer comme ça. Avec les yeux injectés de sang, la bave qui sort du truc, etc. Donc MA1, MA2. Au moins, ils seront différents. Et puis après, on va discuter des avantages et inconvénients. Alors on ne va pas forcément choisir MA2, on n'est pas tous malades ou cocaïnomanes. Mais très souvent, on trouvera dans ce MA2 des éléments intéressants parce que déstabilisants. Pour l'adversaire, j'entends. Et donc, on va choisir un mode d'action qui sera... Inspiré de... Basé sur l'un, mais avec des inspirations de l'autre. Et surtout, entraîner les gens à imaginer des trucs bizarres, ce que j'appelais les modes d'action.
Le mode d'action exotique. Les Français, ils sont comme ça. Ah ouais, mais pas lui. Ça, ça surprend le mec d'en face. Voilà. Donc, il faut jouer à son plus haut niveau de risque et s'entraîner à son plus haut niveau de risque. Parce que Villard, ce matin-là, il a eu peur parce que c'était la première fois de sa vie qu'il prenait un tel risque. Il l'a accepté parce que c'était ça où la France était morte.
Il y avait un contexte pour accepter ce niveau de risque. Mais jusque-là, il n'avait jamais joué à ce niveau de risque.
Il a été dépassé par son propre niveau de risque. Et ça s'est bien passé. Donc il a sa statue à Donin. Si vous allez à Donin, alors Donin, personne ne sait ce que c'est que Donin. Bref, quand on va à Donin, on ne peut pas dire que ça vale vraiment le détour, mais bon, il y a une statue de Villard. Mais personne ne sait pourquoi il y a Villard. Qu'est-ce qu'il fait là? Bref. Il a sauvé la France. C'est plus important que la Marne, deux siècles avant. Bon. Alors, dans le risque, quand on potasse le risque, il y a, dans les auteurs américains que j'ai lus, il y a trois niveaux de risque conceptuellement, trois degrés. Il y a le risque modéré ou limité, le risque significatif, le risque critique. Le risque modéré, c'est... Présentez votre manœuvre et tout, je vais faire ça comme ça et tout. Ouais, et si ça ne se passe pas comme prévu, qu'est-ce qui se passe? Ben, je vais devoir recommencer.
Par la droite au lieu de la gauche, deux heures après. Donc, le risque, c'est que ça va prendre plus de temps, Ça va me coûter des gens, des munitions. Voilà, on va patauger un peu. Voilà le risque. Là, on est dans le risque limité. OK, bon, si ça ne passe pas comme prévu, c'est OK, ça va, ça va.
Du style, le risque, si Ikea est fermé, j'irai chez Conforama.
Ou dans l'autre sens. OK.
Le risque, à l'inverse, le risque critique, c'est quoi? Et si ça merde? Par exemple, là, si la feinte ne marche pas, que le corps d'armée que tu as vu venir là, en fait, il a fait demi-tour pendant la nuit et le prince Eugène, il t'attend là, si jamais il n'a pas avalé la fable, si jamais il n'a pas cru, si jamais il a perçu autre chose, qu'est-ce qui se passe? Je me fais complètement casser la gueule. Je suis mort.
Le risque critique, c'est quand vous engagez la survie de l'unité. Exemple de risque critique, c'est à Birakem, quand le général Koenig a fait la sortie de Birakem. C'est la campagne de Libye, Sirénaïque, 1942, si mes souvenirs sont bons, novembre 1942. Et bien là, la garnison de Birakem, 3000 hommes, était encerclée. Il n'y avait plus d'eau. Il y a un moment où, quand on est dans le désert sans eau, on a un vrai problème. Donc là, c'était soit la reddition, demain ou après-demain, soit la sortie. Et Rommel lui-même a été estomaqué que les Français aient fait une sortie. La sortie de Birakem, soit dit en passant, sur une garnison de 3000, elle a permis d'en sauver 1700. Il y en a quand même 1300 qui sont restés derrière.
On n'a pas sauvé tout le monde. Mais on a sauvé 1 700 hommes, l'essentiel de la garnison, dans des conditions, je ne reviendrai pas là, mais des conditions youpi-youpi, au sens risque tactique. Ils ont traversé, la garnison pour sortir de nuit a dû passer entre deux champs de mines au nez des Allemands. C'est con. Quand on défile en latéral, si les mecs se réveillent, on l'a un peu dans l'os. Donc, ça a été une sortie à très haut risque. Et Rommel, le lendemain, quand il a appris que les Français étaient partis, il a écrit à sa femme. À l'époque, les généraux écrivaient à leur femme.
Donc, c'est dans les carnets du général, du maréchal Rommel. Il écrit, les gars, ils m'ont filé à l'anglaise. J'y croyais absolument pas. Il m'a pris par surprise. Jamais il n'avait imaginé que le général Koenig prendrait ce risque de faire une sortie de nuit en abandonnant son artillerie au nez de la force qui l'encerclait.
Dans les champs de mines. Bon, donc voilà. Donc quand vous êtes dans le risque critique, quand vous êtes à ce degré-là, de toute façon, vous allez mourir. Donc autant se la jouer. Mais la plupart du temps, la manœuvre, elle est dans le risque significatif. Et le risque significatif, donc j'ai dit limité, critique, Significatif. Significatif, c'est si ça merde votre truc, j'échoue. Comment ça, vous échouez? Ah oui, vous m'avez demandé de m'emparer de Donat. Si ça merde, je ne m'en pars pas de Donat.
Je me mets en défensive quelque part et puis j'attends. Quelqu'un d'autre le fera pour moi. Alors là, quand vous dites ça à l'armée, j'envisage de« si c'est merde, je ne remplis pas ma mission». Là, vous avez un vrai problème conceptuel avec votre chef. La notion qu'on dise« je ne remplirai pas ma mission», c'est bizarre. Et donc, it's not an option, comme disent les Américains. Failure is not an option. Oui. Sauf que ce que ça veut dire, c'est que quand on dit failure is not an option, ça veut dire, je présente mon mode d'action numéro 2, le cocaïnomane, et je dis, ce truc-là, j'ai envie de le jouer. Ah oui, non, mais si ça ne marche pas, qu'est-ce qui se passe?
Eh bien, failure. Voilà. Et puis voilà. Je me mets en défensive quelque part et puis j'attends. Quelqu'un d'autre le fera pour moi. Alors là, quand vous dites ça à l'armée, j'envisage de« si c'est merde, je ne remplis pas ma mission». Là, vous avez un vrai problème conceptuel avec votre chef. La notion qu'on dise« je ne remplirai pas ma mission», c'est bizarre. Et donc, it's not an option, comme disent les Américains. Failure is not an option. Oui. Sauf que ce que ça veut dire, c'est que quand on dit failure is not an option, ça veut dire, je présente mon mode d'action numéro 2, le cocaïnomane, et je dis, ce truc-là, j'ai envie de le jouer. Ah oui, non, mais si ça ne marche pas, qu'est-ce qui se passe? Eh bien, failure. Voilà. Et puis voilà. Quand on a dit« failure is not an option», on a dit au gars« tu n'acceptes pas ce degré de risque». Tu n'acceptes que le risque limité. Et donc on combat dans une espèce de marécage de petits risques de merde qui ne vous apportent rien. Parce que pourquoi on court le risque? Ce n'est pas pour le caprice, ce n'est pas pour établir sa supériorité intellectuelle, etc. Non, c'est pour gagner à pas cher. Denain, les Français, c'est 500 morts. Chez les coalisés, 3 000. C'est pas cher payé pour deux armées qui totalisaient 250 000. Vous voyez ce que je veux dire? On gagne une guerre à pas cher. On est limite dans zéro mort. C'est propre, c'est plus beau que ça. Tu meurs. Donc, en l'occurrence, bon, ouais.
Donc là, le risque significatif, en fait, quand on conçoit ça, on se dit,
par définition, si je veux être performant, si je veux performer, si je veux que mon système joue au sommet de son art, c'est en jouant au sommet du risque avec lequel je suis confortable. Mais devenir confortable avec le risque, c'est intellectuel. Donc ça se joue, ça se pratique en exercice, en lecture, en lecture raisonnée, comme on disait avant, et puis en exercice avec ses hommes. Parce qu'il faut que vos subordonnés acceptent ce niveau de risque. Si eux sont timorés, Ça ne marchera pas. Et aussi, le risque, il faut le déléguer au plus bas échelon. Il faut que tout le monde prenne sa part de risque. Parce que si tout le monde prend sa part de risque, si tout le monde joue à son plus haut niveau de risque, à votre niveau, il vous en reste moins, et donc votre échec sera moins cataclysmique, parce que ça ne sera pas l'échec... Il y en aura qui s'en sortiront. Donc, je ne vais pas rentrer dans la démonstration, mais essayer de répartir le risque vers le bas, c'est d'ailleurs ce que font les banques. Je n'ai pas rêvé. Le capital risque, sauf erreur, il cherche à disperser le risque le plus bas possible.
Donc, accepter de jouer au plus haut niveau de risque. plus haut niveau de risque.
significatif, gna gna gna, je suis juste en train de vérifier que j'ai pas... Voilà, alors, quelques avantages. Le risque. Quand vous prenez des risques, vous avez beaucoup plus de chances d'obtenir la surprise. Vous surprenez le gars d'en face parce qu'il ne s'attendait pas à ce que vous preniez ce risque. Et en particulier, je parle des militaires, je ne sais pas pour les entreprises, Mais les armées occidentales, très franchement, ne passent pas pour être accoutumées au risque. Ce n'est pas notre réputation. On est plutôt timoré.
Et le mot est poli. Le mot militaire, c'est on est plutôt petite quéquette. C'est vraiment... Ah là là, on va prendre un risque. On va prendre un risque. Ah ouais! Donc on va prendre un risque, donc on ne le fait pas. Mais le résultat, quand on dit on va prendre un risque, mais non, moi je veux zéro mort, OK? Le résultat, c'est que je sais comment faire avec zéro mort. On fait ça avec des F-15, des B-1 bis, etc. Et résultat, on fait un carnage en face. Nous, on a zéro mort. Mais en face, le nombre de mariages qu'on a flingués parce qu'on n'était pas sûr, vous voyez ce que je veux dire, c'est en Afghanistan, vous êtes au courant, et d'ailleurs on en parle en Syrie aujourd'hui. Donc ce qu'on appelle refuser le risque, en réalité, c'est accepter un risque plus grand. Ou le faire courir à d'autres. À la limite, rester maître. En 1939, face à l'armée allemande qui était allée casser la gueule aux Polonais, l'armée française avait huit divisions face à elle. Et l'armée française était en train de monter en puissance, mais elle en avait à peu près 100. On peut penser que si les Français avaient attaqué en novembre 1939 en Allemagne, ils n'auraient peut-être pas gagné la guerre et éliminé les nazis, mais ils auraient fait un beau bilan, je pense.
Mais ils ont attendu. Résultat, en mai, quand les Allemands ont attaqué, on a fait une manœuvre à beaucoup plus haut risque en mettant tout le monde en Belgique. Donc parce qu'on a refusé le risque à l'automne 1939, il a fallu consentir un risque débile en 1940. Donc si vous attendez pour prendre des risques, c'est un risque. Donc n'attendez pas, prenez tout le risque que vous pouvez et prenez-le tout de suite. Enfin, tout de suite, sans précipitation, on réfléchit. Mais le plus tôt est le mieux. Plus tôt je commence, et mieux je me porte. Donc pour maîtriser le risque, il faut apprécier le risque. Je suis dans quelle gamme? Dans le limité, dans le significatif? Alors dans le significatif, moyen ou grave? Et surtout, ça me rapporte quoi? Accepter ce risque-là, quel est le rendement que j'en attends? Il y a un moment où on va toucher les rendements décroissants, donc je vais me calmer. Et surtout, je forme mes gens à me comprendre et à apprécier. et à devenir joueur. Il faut qu'on soit tous joueurs. Parce que les joueurs savent calculer le risque. Pourquoi je ne joue pas au loto? Parce que je ne suis pas dans le mode cotisé. Au loto, vous ne risquez pas de gagner, en gros.
Le risque de gagner au loto, c'est quasiment zéro. L'État gagne à tous les coups. Mais sinon, il y a de temps en temps un gars pour 2 millions de gars qui ont cotisé. Donc pour moi, on n'est pas dans le calcul probabiliste avec le loto. C'est de la donation pure et simple. En revanche, quand vous êtes au poker,
Au poker, oui, là, on est dans les probables raisonnables. Et là, les bons joueurs de poker, tout le monde le sait, je ne suis pas joueur de poker, mais tout le monde le sait, ce sont les gars qui prennent des risques, qui bluffent, qui trichent, etc. Bon, bref.
En guerre, on a le droit de tricher. Pas avec les conventions de Genève.
Alors, créer la surprise. On va créer la surprise.
Toujours conceptuellement, il y a trois degrés de surprise. La surprise tactique, c'est le gars, il m'attendait là, puis j'arrive là. Ah bon? Ah tiens, c'est con.
Mais on s'en sort. OK, c'est emmerdant, mais je réagis. Je tourne à gauche et voilà. La surprise stratégique, c'est le gars, il avait un plan et j'ai cassé son plan. Exemple, les Français en 1940, quand les Allemands ont attaqué, les Français ont... avaient leur plan d'aller en Belgique, le plan d'île, sauf que c'était exactement ce que les Allemands voulaient, donc c'est con. Et donc le plan français, il est mort le 13 mai. Ils ne s'en sont jamais remis. Ils n'ont pas eu le temps de faire autre chose. Voilà. Donc ça, c'est la surprise stratégique. Et il y a ce qu'on appelle la surprise morale, c'est quand, en plus, le désir de continuer est mort. Quand on se dit« je suis tellement eu que là... » Donc, si vous jouez au plus haut niveau de risque, vous avez plus de chances de créer la surprise. Quand vous surprenez l'adversaire, vous le déstabilisez profondément. Juste à dire sur la surprise, c'est qu'on croit souvent que la surprise, c'est... Oui, ça c'était pour moi. C'est mon réveil.
On croit souvent que la surprise, c'est fugitif, au sens« avant j'étais dans l'ignorance et maintenant je le sais». Donc il n'y a plus de surprise. Vous voyez ce qu'il y a? Ah oui, tiens, les Allemands, ils ont franchi la Meuse. Bon, maintenant, je le sais. Oui, sauf que l'effet de la surprise, c'est tout le temps qui s'écoule entre le moment où vous le savez et le moment où vos contre-mesures... Sont efficaces. Exemple, Hitler a été surpris par le débarquement en Normandie. Cette surprise, elle dure jusqu'au 15 juillet 1944, parce que le 15 juillet, En 1944, la dernière division de réserve de la 15e armée qui était sur le Pas-de-Calais a été donnée à la 7e armée qui était en Normandie. Jusque-là, pendant un mois, Hitler se demandait si ce n'était pas l'attaque secondaire. Donc l'effet de la surprise, on peut le quantifier du 6 juin au 15 juillet.
Après, ça va, les Allemands ont compris. Donc la surprise déstabilise profondément. Et on n'obtient pas la surprise sans prise de risque. Voilà, je crois que c'est ma conclusion.
Ce qui vous laisse le temps pour des questions.